Bio + graphe : écrire la vie
Le mot biographe est d’une simplicité désarmante. Il vient de deux mots grecs : bios, la vie, et graphein, écrire.
Être biographe, c’est donc écrire la vie. Cette définition paraît presque banale. Pourtant, elle dit tout. Car la vie ne se résume pas aux grandes dates qui remplissent les livres d’histoire. À l’école, nous apprenons les guerres, les traités, les révolutions, les crises économiques et les décisions des puissants. Nous savons quand une bataille a été remportée, quel roi a succédé à un autre ou à quelle date une usine a ouvert ses portes. Mais nous ignorons souvent l’essentiel.
Nous ne savons pas ce qu’a ressenti l’enfant qui regardait partir son père à la guerre. Nous ne savons pas ce que représentait le premier salaire d’une ouvrière du textile à Wesserling, ni pourquoi un artisan conservait toujours le même couteau dans la poche de sa blouse. Nous ne savons pas ce qui faisait rire les écoliers d’un petit village du Sundgau, ni pourquoi une famille continuait de dresser une assiette supplémentaire à Noël, longtemps après la disparition d’un être cher.
Pourtant, c’est là que se cache la véritable histoire.
Les livres d’histoire racontent les faits.
Les récits de vie racontent les émotions
L’Histoire raconte les événements. La mémoire raconte les êtres humains. C’est elle qui donne une odeur à une époque, une voix à une photographie, une émotion à une date. Sans elle, le passé devient une succession de faits. Avec elle, il redevient vivant.
J’irais même plus loin : Les livres d’histoire racontent les faits. Les récits de vie racontent les émotions. Et ce sont souvent ces émotions qui traversent le temps, en restant gravées au plus profond de notre mémoire.
Chaque famille possède ces récits que l’on croit éternels, parce qu’on les a toujours entendus. Les anecdotes qui pimentaient les déjeuners dominicaux, les expressions qui n’appartiennent qu’à un grand-père, les souvenirs d’une maison aujourd’hui disparue, les silences aussi, parfois plus éloquents que les mots.
Chaque vie est un patrimoine
Lorsque l’on parle du patrimoine alsacien, on pense spontanément aux maisons à colombages, aux châteaux, aux musées ou aux villages fleuris. Ils sont magnifiques, bien entendu, mais il existe un patrimoine infiniment plus fragile : le patrimoine humain. Celui qui ne se visite pas, celui qui ne figure dans aucune vitrine.
Il vit dans la mémoire d’une grand-mère qui raconte son enfance, dans les souvenirs d’un ancien mineur de potasse, dans les carnets d’un chef d’entreprise, dans les anecdotes truculentes d’une institutrice, dans les photographies sépias d’un mariage et plus généralement, dans les traditions d’une famille.
Chaque fois qu’une histoire cesse d’être racontée, des lambeaux entiers de ce patrimoine disparaissent.
Écrire la vie des femmes et des hommes qui font l’Alsace
L’objectif de biographe.alsace est de créer une mémoire collective à partir de récits personnels, mais aussi de raconter la mémoire des entreprises, des associations, des écoles, des quartiers, des institutions et des villages.
Pourquoi ? Parce qu’une entreprise est avant tout une aventure humaine. Parce qu’une école conserve la mémoire de milliers d’enfants. Parce qu’un village n’est pas seulement un territoire : c’est un ensemble de visages, de traditions, de métiers, de fêtes et de souvenirs. Chaque organisation possède une identité. Chaque génération laisse une empreinte. Chaque histoire mérite d’être transmise.
L’histoire la plus précieuse est celle racontée par ceux qui l’ont vécue
On peut expliquer qu’une usine a ouvert en 1928. Mais seul celui qui y a travaillé pendant quarante ans peut raconter le bruit des machines à six heures du matin, les gestes précis appris auprès d’un ancien, les amitiés nées dans les ateliers ou la fierté de fabriquer un produit reconnu dans toute la région.
On peut raconter la création et l’évolution d’un village au fil des décennies, cadastre à l’appui. Mais seuls ses habitants savent où l’on jouait après l’école, quelle boulangerie embaumait toute la rue ou pourquoi le café de la place était le véritable cœur du village. Ce sont ces détails qui donnent une âme à l’Histoire. Et ces détails n’appartiennent qu’à ceux qui les ont vécus.
Pourquoi biographe.alsace ?
Parce que nous croyons qu’une vie ordinaire est souvent extraordinaire.
Parce que nous croyons que les souvenirs méritent d’être préservés avec autant de soin que les monuments.
Parce que nous croyons que les émotions racontent mieux une époque que les archives.
Parce que nous croyons qu’un récit de vie est un acte de transmission de la plus haute importance.
Notre métier n’est pas simplement de recueillir et d’écrire.
Notre métier est d’écouter, de comprendre et de donner une forme durable à ce qui risque de disparaître à tout jamais.
Parce que nous estimons que, pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient.
Pour savoir où l’on va,
il faut savoir d’où l’on vient
Notre ambition
Biographe.alsace n’est pas seulement un site consacré à la biographie avec des conseils avisés et des informations pertinentes. C’est un projet de mémoire. Un lieu où se rencontrent les récits de vie, les souvenirs de famille, les histoires d’entreprises, les mémoires de villages, les métiers disparus, les objets du quotidien et toutes ces petites histoires qui, réunies, composent la grande histoire de l’Alsace.
Nous voulons contribuer à préserver ce patrimoine vivant, non pas à travers les pierres, mais à travers celles et ceux qui leur ont donné un sens.
Parce qu’un jour…
Parce qu’un jour, quelqu’un ouvrira peut-être un vieux livre de famille.
Parce qu’un jour, un petit-fils cherchera à comprendre d’où il vient.
Parce qu’un jour, une entreprise voudra raconter les femmes et les hommes qui l’ont construite.
Parce qu’un jour, un village souhaitera conserver la mémoire de ses anciens.
Parce qu’un jour, une histoire qui semblait ordinaire deviendra précieuse.
Ce jour-là, nous espérons qu’elle aura été écrite. Car, si les monuments racontent notre passé, ce sont les souvenirs qui racontent notre humanité.
Et c’est sans doute là que réside le plus précieux des patrimoines.

Diplômé en Lettres et Langues et en communication à l’Université de Strasbourg, Philippe Monnier est éditeur et écrivain. Il anime des ateliers d’écriture créative en Alsace et, depuis 2016, il retranscrit la vie dans des biographies réalistes, fidèles et poétiques.
Ancien chroniqueur à l’Association indépendante des journalistes suisses , Philippe Monnier est un auteur publié qui écrit des livres pour enfants, où les situations cocasses et tendres se muent en une aventure palpitante. Si vous souhaitez pousser les portes de son univers poétique, laissez-vous emporter Si loin de l’Atlantide.


