Il suffisait d’un générique pour que le mercredi commence vraiment.
La télévision n’était pas allumée en permanence. Elle avait ses rendez-vous, presque sacrés, et celui du mercredi matin en faisait partie. On s’installait sur le tapis du salon, un bol de chocolat chaud à la main, tandis que les premières notes d’un générique annonçaient une nouvelle aventure.
Goldorak allait encore sauver la Terre. Albator fendrait l’espace à bord de son mystérieux vaisseau. Capitaine Flam partirait explorer les confins de l’univers, tandis que Candy, Tom Sawyer ou Ulysse 31 nous feraient voyager bien au-delà des murs de notre maison.
Nous ne regardions pas seulement des dessins animés. Nous retrouvions des amis.
Le mercredi avait un parfum particulier
À cette époque, le mercredi n’était pas un jour comme les autres. Pour beaucoup d’enfants, il n’y avait pas école, ou seulement une partie de la matinée. Le temps semblait s’étirer différemment, et la journée commençait souvent dans le salon familial, devant un téléviseur qui mettait plusieurs secondes à afficher une image parfaitement nette.
Il fallait parfois attendre la fin des informations, un générique ou quelques minutes de patience avant que n’apparaisse enfin celui que l’on espérait. Cette attente faisait partie du plaisir.
Aujourd’hui, quelques secondes de chargement nous semblent interminables. Alors qu’en 1982, nous pouvions patienter toute une semaine pour retrouver notre héros préféré.
Des héros venus du Japon… sans que nous le sachions
Nous ignorions alors que beaucoup de ces dessins animés venaient du Japon. Pour nous, Goldorak était simplement Goldorak. Albator incarnait la liberté. Capitaine Flam représentait le courage. Candy nous faisait découvrir l’émotion. Ulysse 31 mêlait la mythologie grecque et la science-fiction avec une audace incroyable pour l’époque.
Nous ne parlions pas encore de mangas ni d’animation japonaise. Nous étions simplement fascinés. Avec le recul, cette période a profondément transformé la télévision française. Entre 1980 et 1984, les productions japonaises se sont imposées dans les programmes jeunesse et ont marqué durablement toute une génération.
Les héros que nous n’avons jamais oubliés
Certains personnages des dessins animés des années 80 semblent avoir traversé le temps sans prendre une ride. Goldorak, avec son fameux « Fulguropoing », Albator et sa silhouette sombre, Capitaine Flam, éternel optimiste, Candy, dont les aventures faisaient autant pleurer que sourire, Tom Sawyer, qui donnait envie de vivre pieds nus au bord du Mississippi ou encore Rémi sans famille, dont chaque épisode bouleversait les enfants.
Il y en eut bien d’autres. Chacun possède sa liste. Et chacun est persuadé que les siens étaient les meilleurs.
Les génériques faisaient partie du spectacle
Avant même les premières images, quelques notes suffisaient à faire battre notre cœur un peu plus vite. Les génériques étaient de véritables chansons. Nous les apprenions sans nous en rendre compte. Nous les chantions dans la cour de récréation.
Des décennies plus tard, il suffit d’entendre quelques mesures de Capitaine Flam ou de Goldorak pour que les paroles reviennent presque intactes. La mémoire possède parfois d’étranges raccourcis. Elle oublie le nom d’un voisin rencontré hier, mais conserve celui d’un héros découvert il y a quarante ans.
Plus qu’une émission, un rendez-vous
Aujourd’hui, les plateformes permettent de regarder une série entière en une soirée. À l’époque, un épisode par semaine suffisait à nourrir notre imagination pendant plusieurs jours. Le jeudi ou le vendredi, dans la cour d’école, chacun racontait la scène qui l’avait marqué. On rejouait les combats, on imitait les voix, on dessinait les personnages dans les marges des cahiers.
Les dessins animés continuaient bien après l’extinction du téléviseur. Ils vivaient dans nos jeux.
Pourquoi ces souvenirs nous touchent encore
Si ces dessins animés des années 80 nous émeuvent toujours, ce n’est peut-être pas uniquement grâce à leurs héros. Ils nous rappellent surtout une époque où le temps semblait plus lent. Une époque où l’on attendait le mercredi avec impatience. Où une demi-heure de télévision suffisait à illuminer toute une semaine.
En réalité, lorsque nous regardons aujourd’hui un ancien générique, nous ne retrouvons pas seulement Goldorak ou Candy. Nous retrouvons l’enfant que nous étions.
Ce ne sont pas les dessins animés qui nous rendent nostalgiques. Ce sont les mercredis matin qu’ils emportent avec eux.
Une question pour toi
Quel était le dessin animé que tu ne voulais manquer sous aucun prétexte ?
Celui pour lequel tu étais capable de te lever plus tôt, de finir ton petit-déjeuner en vitesse ou de réclamer le silence dans toute la maison avant que le générique ne commence ?

Diplômé en Lettres et Langues et en communication à l’Université de Strasbourg, Philippe Monnier est éditeur et écrivain. Il anime des ateliers d’écriture créative en Alsace et, depuis 2016, il retranscrit la vie dans des biographies réalistes, fidèles et poétiques.
Ancien chroniqueur à l’Association indépendante des journalistes suisses , Philippe Monnier est un auteur publié qui écrit des livres pour enfants, où les situations cocasses et tendres se muent en une aventure palpitante. Si vous souhaitez pousser les portes de son univers poétique, laissez-vous emporter Si loin de l’Atlantide.


