Le 9 septembre 1994, le stade de la Meinau accueillait une étape de la tournée européenne du Division Bell Tour, entre Prague et Lyon. Ce soir-là, ce n’était plus un terrain de football mais un vaisseau spatial posé en plein cœur de Strasbourg.
Je me souviens de la file qui s’étirait le long de la rue de l’Extenwoerth, dans une ambiance inhabituelle pour ce quartier. Nous ne ressemblions pas vraiment à des supporters de foot ! Des semi-remorques garés tout autour, une ambiance détendue mais un peu électrique et enfin, une scène immense surmontée d’une arche circulaire.
Une plongée immédiate dans l’univers Pink Floyd
Et puis les lumières se sont éteintes. Pas de montée en douceur, pas de tube connu pour mettre tout le monde d’accord dès les premières secondes : les premières notes qui ont résonné étaient celles d’Astronomy Domine, un titre de 1967, signé Syd Barrett, que je ne connaissais pas du tout à l’époque. Ce son étrange, presque venu d’ailleurs, m’a transpercé, porté par les lasers qui balayaient déjà les tribunes. Je me souviens m’être demandé ce qui était en train de se passer, complètement désorienté. Dès cette première minute, il n’y a plus eu de repères : j’ai plongé dans le monde de Pink Floyd et plus rien ne pouvait me retenir.
Des cochons géants et une nuit inoubliable
Le moment où le stade a vraiment basculé, c’est pendant One of These Days : deux énormes têtes de cochons gonflables ont surgi au sommet des tours d’éclairage, de part et d’autre de la scène, se balançant lentement au rythme de la musique. L’image était à la fois grotesque et fascinante, tout à fait dans l’esprit de ce groupe qui n’a jamais eu peur du grand n’importe quoi théâtral.
Une boule de lumière au-dessus du stade
Et puis il y a eu ce moment que tout le monde attendait sans savoir vraiment ce qui allait se passer : la fameuse boule géante qui s’est mise à monter depuis la console de mixage, au milieu du parterre, sur une tour rétractable qui semblait ne jamais s’arrêter. Arrivée en hauteur, elle s’est ouverte comme une fleur mécanique, et chaque facette s’est mise à projeter des éclats de lumière dans toutes les directions à la fois : une pluie de reflets surréalistes balayant le stade entier, les visages, le ciel.
Le concert suivait la logique de cette tournée : les morceaux récents comme Keep Talking ou High Hopes côtoyaient les classiques Wish You Were Here, Us and Them, et Comfortably Numb pour un final d’anthologie. Et là, pendant le solo, il y a eu une de ces failles où plus rien d’autre n’existe que l’instant que l’on est en train de vivre. Le reste, le lendemain, la vie d’à côté, tout s’efface, il ne reste que la note qui s’étire et qui emporte avec elle un stade entier.
Une soirée à part dans l’histoire du stade
Avec le recul, ce qui frappe, c’est ce contraste entre l’ordinaire du lieu et l’extraordinaire de la soirée : un stade transformé, l’espace de deux heures, en cathédrale de lumière, en temple du rock, avant de retrouver dès le lendemain sa vocation habituelle.
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Diplômé en Lettres et Langues et en communication à l’Université de Strasbourg, Philippe Monnier est éditeur et écrivain. Il anime des ateliers d’écriture créative en Alsace et, depuis 2016, il retranscrit la vie dans des biographies réalistes, fidèles et poétiques.
Ancien chroniqueur à l’Association indépendante des journalistes suisses , Philippe Monnier est un auteur publié qui écrit des livres pour enfants, où les situations cocasses et tendres se muent en une aventure palpitante. Si vous souhaitez pousser les portes de son univers poétique, laissez-vous emporter Si loin de l’Atlantide.



